Adapter son enseignement à tous : éventail de retours d’expérience

Lorsque les étudiants ont des besoins spécifiques, les professeurs s’adaptent. À l’Université de Strasbourg, des enseignants mettent en place des solutions concrètes pour rendre l’apprentissage accessible à chacun. Que ce soit des changements de support ou d’organisation, ces ajustements témoignent d’une motivation commune : permettre à tous de suivre, comprendre et réussir. Les expériences suivantes, recueillies par la Mission handicap, en sont l’exemple.

Temps de lecture : 5 minutes

2026

 

Des supports repensés pour tous

Pour les étudiants présentant des troubles sensoriels, il faut repenser la manière de transmettre l’information. Par exemple, une étudiante avec une déficience visuelle pourra s’appuyer sur des sujets d’examens traduits en braille, notamment par l’organisme Louis Braille qui collabore étroitement avec l’Université de Strasbourg. Les outils numériques doivent, eux aussi, s’adapter. Ainsi, lorsqu’un fichier PDF est incompatible avec son logiciel de lecture, l’étudiant concerné le convertit en format texte afin de le rendre accessible. 

Le numérique peut également aider, en cas de déficit auditif. Des logiciels de transcription de la voix sont accessibles gratuitement sur Android. Pendant les visioconférences, les sous-titres peuvent être activés sur Windows 11. Dans cette veine d’outils innovants, impossible de ne pas penser aux avancées offertes par l’intelligence artificielle. Faisant l’objet d’une charte éthique et du développement d’une IA « maison » au sein de l’Université de Strasbourg, celle-ci doit néanmoins être utilisée avec l’esprit critique nécessaire, surtout en raison du sourçage et des erreurs qu’elle peut faire.

Quand la mémoire devient un enjeu

Au-delà du sensoriel, les obstacles peuvent être cognitifs. Certains étudiants présentent des difficultés de mémorisation. Pour un étudiant ayant subi un traumatisme crânien, autoriser une feuille de connaissances lors de l’évaluation permet de se concentrer sur ses compétences plutôt que sur sa mémoire. De quoi mettre davantage les étudiants sur un pied d’égalité et offrir à tous des chances de mettre en valeur ses propres compétences, en surmontant l’obstacle du handicap.

D’autres étudiants utilisent le jeu pour retenir plus simplement. C’est le cas d’un étudiant, qui a créé un jeu en collaboration avec son enseignant. L’objectif est d’associer un mot en grec à une image. Finalement, le jeu a été adopté par l’ensemble de la classe. Les vertus de la ludopédagogie ne sont plus à démontrer. Au-delà d’aider l’étudiant concerné en premier lieu, cette initiative lui a permis de collaborer avec son enseignant pour prendre une part active à son apprentissage. Au même titre que le dispositif dont Éric Christoffel nous faisait part, l’adaptation à un étudiant devient, en définitive, moteur d’une implication et d’une motivation collective du groupe.

L’organisation au service de l’inclusion

Parfois, les solutions les plus efficaces viennent simplement d’un changement d’organisation. Anticiper, coordonner, accorder du temps. Consacrer quelques minutes à un étudiant qui bégaie avant un oral peut suffire à favoriser sa participation. L’inclusion se construit aussi à travers ce type d’attention. Cela peut passer par un regroupement de sujets, pour les envoyer en une seule fois à la Mission handicap. Intégrée au SVU, le Service de la Vie Universitaire, cette cellule est coordonnée par Fabienne Rakitic. Comme on peut le lire sur la page dédiée, le spectre couvre à la fois les étudiants, mais aussi les membres du personnel : « L’Université de Strasbourg s’engage pour l’accessibilité. Grâce à une pédagogie inclusive, des équipements adaptés et un accompagnement personnalisé, les étudiants et personnels en situation de handicap peuvent s’épanouir à l’université ».

Certaines fois, comme pour une étudiante avec un trouble du spectre autistique (TSA), la charge cognitive est trop importante. Une solution efficace peut alors être de retravailler un sujet d’examen. Reformuler et simplifier les consignes et organiser le travail par étapes, permet de réduire la charge cognitive et de rendre le sujet plus accessible.

Vers un apprentissage plus équitable

Derrière ces ajustements, une même logique : rendre l’apprentissage réellement accessible à tous.
Une étudiante le confirme :

C'est important pour que nous puissions bénéficier d'un apprentissage équitable entre les étudiantes et étudiants. Cela rend la présence en cours plus agréable, plus motivante et améliore nos résultats et notre estime de soi.

Pour aller plus loin

Pour plus d’informations, retrouvez la page de la Mission handicap, ainsi que celle permettant de remplir une demande d’aménagement.

Une journée d'étude a eu lieu en avril 2026 : "Surdité et enseignement supérieur : défis et opportunités" - Projet LISA : langage, inclusion, surdité & accessibilité.

Autre rendez-vous à inscrire à vos agendas : une journée dédiée au handicap, le 21 mai 2026, organisée en collaboration avec l’UHA, l’Université de Haute-Alsace. Davantage de précisions prochainement.

Consultez, par ailleurs, l’article : Eric Christoffel, Marc Trestini, I. Rossini. Vers un nouveau design d’audio-vidéo-cours à l’Université : ” l’encre numérique ”. 7ème Colloque International Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement (TICE), (2010).

Enfin, retrouvez un article sur les préjugés et le handicap et, dans un autre format, un podcast sur le handicap et l’empathie.

Axelle Papillon