La classe inversée à l’université : fondamentaux, méthodologie et bonnes pratiques

La classe inversée redéfinit le rôle de l’enseignant et la place de l’étudiant en déplaçant la transmission du savoir hors du cours. Une approche exigeante mais prometteuse, qui requiert formation, accompagnement et temps d’adaptation, autant pour les étudiants que pour les enseignants.

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2026

 

Un changement de paradigme universitaire

À l’université, la classe inversée bouleverse les méthodes traditionnelles d’enseignement. Née à la fin du XXᵉ siècle aux États-Unis, elle propose de déplacer la transmission du savoir hors de la salle de cours, via des capsules vidéo, lectures ou podcasts, pour faire du présentiel un temps d’application, d’expérimentation et d’échange. L’objectif est de rendre l’étudiant acteur de sa formation.

Des principes ancrés dans la pédagogie active

Selon Marcel Lebrun (2016, 2022), la classe inversée s’inscrit dans la pédagogie universitaire active et peut prendre trois formes : 

  • Les leçons à la maison, les activités en classe.
  • La préparation à distance et l’apprentissage collectif.
  • La classe organisée en quatre temps. Avec une phase d'expérience concrète, suivie d'une phase d'observation, une phase de conceptualisation puis d'expérimentation active. L’étudiant apprend avant, pendant et après le cours en reliant théorie et pratique. Cette méthode d'apprentissage est proposée par Lebrun (2007) et inspirée du cycle de Kolb (1984).

À l’université de Strasbourg, l’Idip – Institut de Développement et d’Innovation Pédagogiques - propose des formations dédiées à la classe inversée, une approche pédagogique qui ne s’improvise pas. Comme l’explique Sophie Kennel dans la vidéo Méthodologie de la classe inversée, sa mise en œuvre implique non seulement la création de nouveaux supports (quiz, vidéos, diaporamas), mais aussi une réorganisation profonde de la séance et des modalités d’évaluation des compétences des étudiants (auto-évaluation, tests autocorrigés en ligne ou évaluation par les pairs). Cette méthode pédagogique est très modulable, chacun peut s'en emparer à sa manière et l'adapter selon la discipline enseignée, à condition que les bases soient acquises. 

Cependant, comme le montre Laetitia Thobois-Jacob, en 2018, dans sa thèse sur la classe inversée, pour pouvoir susciter la motivation des étudiants à cette nouvelle méthode, il est primordial de les inclure dans le choix des activités proposées. 

Changement de rythme pour les enseignants

Mettre en place une classe inversée demande du temps, des ressources et du matériel adaptés. En effet, les enseignants doivent scénariser leurs cours, produire des ressources pédagogiques claires, repenser les activités en présentiel ainsi que les modalités d’évaluation.

Ce mode d’enseignement peut favoriser l’engagement et l’autonomie des étudiants dans leur apprentissage. Cependant, il implique pour les enseignants une charge de travail supplémentaire, essentiellement lors de la première année, le temps de concevoir et de déployer le dispositif de la classe inversée.

Des effets observables sur l’apprentissage

Pour les étudiants, la transition n’est pas nécessairement évidente. Habitués aux cours magistraux, ils peuvent peiner à adopter le travail autonome en amont. Le temps de préparation et le manque d’interaction immédiate avec l’enseignant sont souvent cités comme des difficultés majeures.

À la faculté de pharmacie de Strasbourg, l’enseignante de chimie minérale Esther Kellenberger met en œuvre la pédagogie de la classe inversée. Elle propose à la promotion de deuxième année de pharmacie de travailler les contenus de cours à la maison. Les temps en amphithéâtre sont consacrés aux exercices. Les étudiants débutent généralement par un exercice personnel sous forme de QCM non noté, dont la correction est réalisée collectivement, à l’oral. Puis, les étudiants doivent faire un travail de groupe plus complexe, donnant lieu à une évaluation notée. 

Grâce à cette méthodologie et à l’ensemble des outils pédagogiques annexes mis en place, Esther Kellenberger observe une nette amélioration de la participation des étudiants, une augmentation des échanges liés à leurs connaissances, ainsi qu’une meilleure concentration en classe. Certains étudiants soulignent également le bénéfice humain de cette approche, qui leur permet de mieux connaître leurs camarades et renforce leur motivation à assister aux cours.

Bonnes pratiques et points de vigilance

À partir des recherches recensées dans la littérature, plusieurs recommandations émergent : 

 Scénariser avant d’enregistrer : une capsule vidéo efficace est courte (5 à 10 minutes) et intégrée à une séquence d’activités.
 Préparer les étudiants à l’autonomie : expliciter les attentes, proposer des ressources variées et des temps d’échange réguliers.
 Collaborer entre enseignants : co-construire les cours et mutualiser les outils pour alléger la charge.
 Valoriser le présentiel : le temps en classe doit être consacré à la pratique, au feedback et à la réflexion collective.

Vers une université plus interactive

La classe inversée est une transformation culturelle du rapport au savoir et à l’enseignement. Les enseignants qui l’adoptent témoignent d’une plus grande coopération entre pairs, d’une implication accrue et d’un apprentissage plus durable. Toutefois, sa réussite repose sur un équilibre nécessaire : soutenir les enseignants dans la modification de leurs pratiques et accompagner les étudiants vers leur autonomie.

En bref, la classe inversée ouvre la voie à une université plus participative, où l’on apprend avec les enseignants plutôt que devant eux. 

Pour aller plus loin

  • [Podcast] Qu'est-ce qu'une « Classe inversée » ? À quoi cela peut-il servir ? - Radiofrance.fr 2014 - avec Héloïse Dufour, universitaire et Biologiste ; Pascal Bihouée, professeur de sciences physiques à St Brieuc ; Vincent Faillet, professeur agrégé de SVT au lycée Dorian (Paris 11ème)
     
  • La classe renversée - L'Innovation pédagogique par le changement de posture - 2e édition (2017), écrit par Jean-Charles Cailliez et Charles Hénin, ELLIPSES MARKETING
     
  • Découvrez l’initiative d’Esther Kellenberger en vidéo sur POD.
     
  • L’initiative de Laetitia Thobois Jacob et d’Emmanuelle Chevry Pebayle est, quant à elle, détaillée dans cette publication HAL
     
  • Désireux de vous former ? Les ateliers de formations proposés par l’Idip portent sur la classe inversée la production de supports pédagogiques et bien d’autres sujets encore. Informations et inscription sur le site de l’Idip.
     
  • Enfin, pour aller plus loin, parcourez notre thématique sur la classe inversée. Quiz et interview vous y attendent ! 

Anaïs Jamet