Brasser pour apprendre : une pédagogie à consommer sans modération Avec les SAÉ, l’IUT Louis Pasteur fait mousser la formation par l’action

Toujours en quête de pédagogies stimulantes et engageantes, l’Université de Strasbourg multiplie les dispositifs originaux. Aujourd’hui, de nouvelles approches émergent pour replacer l’expérience au cœur de la formation. Parmi elles, les Situations d’Apprentissage et d’Évaluation (SAÉ) ouvrent une voie prometteuse. Leur principe ? Faire apprendre par l’action, dans des situations proches du monde professionnel, où les étudiants développent et démontrent leurs compétences concrètes.

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2026

 

Apprendre autrement : la pédagogie du concret

Les SAÉ transforment la manière d’enseigner et d’apprendre. Ici, plus question de retenir par cœur : les étudiants résolvent un problème, conçoivent un projet, créent un produit ou un service réel. Cette approche favorise l’autonomie, la collaboration et la prise d’initiative. 

Déployées notamment dans le cadre du Bachelor Universitaire de Technologie (BUT), elles s’inscrivent dans une logique de formation par compétences. Les savoirs deviennent des ressources pour agir. Cette pédagogie n’a rien d’une recette miracle, mais elle change profondément la perspective. L’étudiant devient acteur de son apprentissage et l’enseignant, un accompagnateur.

De la théorie à la cuve : le projet Brasser’IUT

À l’IUT Louis Pasteur, cette approche prend une forme à la fois originale et savoureuse : le projet Brasser’IUT. Encadrés par leurs enseignants, les étudiants conçoivent et réalisent leur propre bière artisanale. Ils imaginent la recette, mènent les analyses en laboratoire, contrôlent la fermentation, conçoivent l’étiquette et présentent le produit final. La microbrasserie ne se limite pas à brasser de la bière, elle rassemble les quatre départements de l’IUT autour d’un même projet. Chacun y apporte ses compétences, de la technologie brassicole à la gestion et la communication, de la métrologie à la maintenance.

Ce travail d’équipe permet à tous de relier ses savoirs, de comprendre les enjeux concrets d’un futur métier et de goûter, ensemble, au fruit des efforts accomplis. Les travaux pratiques ne sont plus de simples exercices isolés : ils deviennent le point de départ d’un véritable projet collectif et interdisciplinaire. Chaque manipulation, chaque mesure, chaque observation s’intègre dans une démarche globale, où la théorie rencontre la réalité du terrain. Les étudiants ne se contentent plus d’appliquer un protocole, ils comprennent pourquoi ils le font et, surtout, ce qu’ils ont à en retirer. Le brassage devient ici un véritable terrain d’apprentissage ludique et sensoriel. En reliant la théorie à la pratique, les étudiants intègrent plus efficacement ce qu’ils apprennent, retiennent davantage et découvrent le plaisir d’expérimenter collectivement.

Bonus non négligeable, ils goûtent aussi un avant-goût de leur futur métier, en développant de précieuses compétences transversales, comme gérer un projet de A à Z, respecter des contraintes, collaborer, communiquer des résultats.

Évaluer autrement

Les SAÉ ne se contentent pas de renouveler l’apprentissage, elles transforment la place de l’évaluation. Ici, la note n’est plus une fin, mais un repère : ce qui compte ce sont les compétences acquises, la capacité à s’adapter, à raisonner, à coopérer.

Pour les étudiants, c’est une évaluation plus juste et plus valorisante. Ils voient leurs progrès, identifient leurs forces et gagnent en confiance. Pour les enseignants, c’est un changement de posture. Accompagner plutôt que sanctionner, observer plutôt que juger. Bien sûr, cette approche demande du temps, de la coordination et un certain lâcher-prise institutionnel, mais le résultat est à la hauteur de l’effort.

Une pédagogie qui a de l’avenir

Le brassage n’est qu’un exemple parmi d’autres. La pédagogie par SAÉ se décline dans tous les domaines, des biotechnologies à la communication. En ancrant les savoirs dans le réel, elle donne du sens aux apprentissages et peut aider à réconcilier des étudiants avec la soif d’apprendre.

De quoi donner envie à chaque formation de trouver sa propre « brasserie pédagogique » ?

Axelle Papillon