Dans un FabLab, les idées prennent forme de manière littérale. L’Université de Strasbourg en compte de nombreux avec, chacun, leurs spécificités. À l'IUT de Haguenau, les étudiants donnent vie à leurs projets grâce aux outils de fabrication et à l’appui du Fab Manager Gaëtan Carron. Favorisant une autre manière d'apprendre et l’autonomie, il aide les utilisateurs à expérimenter, concevoir et fabriquer par eux-mêmes. Entre travail collaboratif et innovation, le FabLab Alsace-Nord (FAN) est un lieu d’apprentissage utile à plus d’un titre. Visite guidée.
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2026

© Angel Hernandez Le Bourhis
Gaëtan Carron est Fab Manager depuis 2024 du FabLab Alsace-Nord (FAN), situé au sein de l’IUT de Haguenau. Son travail lui permet de former et d’accompagner les étudiants dans leurs projets de conception, que ce soit dans le cadre universitaire ou personnel. Ayant aussi fréquenté les bancs de l’IUT, il est à l’écoute des générations actuelles et porte un regard attentif aux projets qui naissent dans ce laboratoire du « faire soi-même ».
1. Lieu d’apprentissage
Comment définiriez-vous un FabLab à quelqu’un qui ne connaît pas ce concept ?
Le FabLab, c'est un laboratoire de fabrication qui a été créé aux États-Unis pour les chercheurs et qui s’est démocratisé. L’idée n’est pas seulement de fabriquer avec les machines, mais aussi de partager, d’apprendre des autres et aux autres. Les maîtres-mots sont : partage, apprentissage et innovation.
Quelle est la place du FabLab au sein de l’IUT ? Est-il intégré directement dans le cursus des étudiants ?
Le FAN a été créé en 2017 afin d’améliorer les projets professionnels en les rendant concrets. Par exemple, un graphiste qui crée un logo va pouvoir l’appliquer sur des t-shirts avec du flocage ou de la broderie. Chaque année, toutes les filières de l’IUT de Haguenau sont amenées à utiliser le FabLab. On peut notamment évoquer la filière Génie Électrique et Informatique Industrielle (GEII), Métiers du Multimédia et de l'Internet (MMI) ou Qualité Logistique Industrielle et Organisation (QLIO).
Tous les étudiants apprennent à travailler et à échanger avec les partenaires industriels. Grâce au FabLab, ils développent leurs capacités de gestion des stocks, des machines et de maintenance, ainsi que des compétences en gestion de projet.
Le FabLab utilise avant tout des machines et des outils de prototypage. De plus en plus d’entreprises essaient de devenir plus autonomes pour le prototypage en petite série, afin de diminuer le coût. C’est utilisé pour les ailerons de F1 ou les cœurs artificiels en médecine, par exemple.
On encourage les étudiants à chercher l’information par eux-mêmes, soit sur Internet (…) soit en apprenant des autres utilisateurs du FabLab, pour mobiliser l’apprentissage entre pairs.
2. Un environnement protéiforme
Comment fonctionne le FAN ?
Au FabLab, les utilisateurs deviennent autonomes après avoir passé des formations de quelques heures. On encourage les étudiants à chercher l’information par eux-mêmes, soit sur Internet - où il y a des milliers de vidéos et d’informations - soit en apprenant des autres utilisateurs du FabLab, pour mobiliser l’apprentissage entre pairs. En effet, une fois que quelqu’un est formé, il peut aider les autres. Je suis là en support, en dernier recours, s’il y a un problème.
Qui vient au FabLab et avec quel niveau : des experts ou des débutants qui vont apprendre par la pratique ?
Les étudiants représentent la majorité de notre public. Un créneau hebdomadaire est réservé au grand public, plutôt orienté particuliers. En effet, les associations et les professionnels ont des accès spécifiques, à d’autres moments.
Chez les étudiants, ce sont en général des personnes qui ont déjà une attirance pour le manuel et une certaine curiosité intellectuelle, qui se demandent « comment les choses fonctionnent ». Les autres étudiants sont plus difficiles à attirer, c’est pour ça qu’on intègre le FabLab dans les modules de cours, pour le leur faire découvrir autrement.
Comment les étudiants organisent et dirigent des projets personnels ou universitaires grâce au FabLab ?
Les projets extrascolaires avec des étudiants, il n’y en a pas vraiment pour l'instant. Pour cause, ceux qui bricolent ont la plupart des machines chez eux et préfèrent travailler à domicile.

© Angel Hernandez Le Bourhis
Pour nous, ce sont vraiment les modules de cours qui sont intéressants et principalement la filière MMI. Pour l’année 2025, les étudiants de ce parcours ont créé des trophées pour les lauréats du dispositif Pépite Étena, qui récompense les étudiants-entrepreneurs. Ce projet s'articule autour d’un cours pour comprendre un cahier des charges et faire des recherches. Les participants ont été formés à la modélisation 3D et à la découpeuse laser afin de réaliser leurs projets en autonomie. Nous réalisons un point pendant leur projet pour connaître leur avancée et s’adapter en fonction des dates limites de rendus. Ils finissent par livrer le projet terminé au client.
Ce travail est intense pour eux, puisque le projet se déroule sur deux à trois semaines maximum. Leur emploi du temps est donc chargé.
3. Suivi pédagogique et compétences
Quelle est la genèse du FAN et votre implication pédagogique dans son management ?
Cela fait 5 ans que je participe à la vie du FabLab. J’y venais néanmoins régulièrement, que ce soit en tant qu’étudiant ou lorsque j’étais responsable d’une enseigne de restauration rapide. Le FabLab était un endroit qui me plaisait beaucoup. Depuis 2 ans que je suis en poste ici, le FAN s’est investi dans la pédagogie des étudiants. En 2024, nous avons ainsi commencé avec les troisièmes années, puis ça s’est développé aux autres niveaux d’études. Certains étudiants, qui ne sont plus à l’IUT, viennent encore au FabLab pour y réaliser un projet.
Mettre à disposition des outils que les étudiants peuvent manipuler permet de faire évoluer le projet professionnel et personnel des étudiants.
Quels impacts a le FabLab dans la vie des étudiants ?
Je vais prendre l'exemple d’Amandine Bolin. Cette étudiante a découvert les FabLabs pendant un projet de mémoire, ne connaissant rien à ce domaine. La première fois qu’elle est venue, c’était pour utiliser la brodeuse numérique. Elle avait créé l’identité graphique de la SIG (le club de basket de Strasbourg) et devait faire un prototype. Puis, elle a effectué son stage au FAN, ce qui lui a permis de développer des compétences techniques.
Elle a su créer des fichiers et utiliser toutes les machines, faire leur maintenance et travailler avec l’équipe. Par rapport aux filières, le FabLab apporte la réalité du terrain. Rien ne remplace le terrain, c’est plus concret. Maintenant, Amandine est en école d’ingénieur au Canada, pour sa deuxième année. Son projet professionnel consiste à créer un nouveau système d’impression 3D, ce qui n’a rien à voir avec son parcours initial, avant de connaître le FabLab.
Son cas montre que mettre à disposition des outils que les étudiants peuvent manipuler permet de faire évoluer le projet professionnel et personnel des étudiants, en découvrant de nouvelles vocations.
4. Accessibilité et inclusivité du FabLab
Le FabLab permet-il de rendre certaines technologies plus accessibles ?
D'abord, il est important de souligner que nos équipements sont plutôt modernes. On a investi 100 000 € pour le réaménagement et les machines, afin de proposer ce qui se fait de mieux au grand public. C’est l’avantage de cet IUT : on a la chance d’avoir du bon matériel et de bonnes ressources humaines.
Chaque étudiant peut venir tester le matériel via des formations à moindre coût, même sans projet précis. L’Université de Strasbourg offre à tous ses inscrits la possibilité d’accéder à un vaste réseau de FabLabs, répartis sur différents sites, gérés par le Coordinateur Geoffrey Gourinchas.
Si on parle d'accessibilité pour tous, l'IUT de Haguenau est doté de référents handicaps et SSH (Stop, Santé, Harcèlement). Au FabLab, on n'a pas de référent à proprement parler, mais on s’adapte, notamment pour accueillir dans les meilleures conditions les trois personnes à mobilité réduite qui se rendent dans nos locaux, grâce à un réaménagement des postes de travail : tables plus hautes pour que le fauteuil passe, poignées sur les imprimantes 3D, bobines accessibles, etc. Tout cela, pour garantir une certaine autonomie. Il faut vraiment être attentif et à l’écoute de la personne.
Malheureusement, toutes les machines ne sont pas compatibles avec ces usages spécifiques. On reste limité par le constructeur et la façon dont elles sont conçues, mais aussi notre budget. C’est une idée d’évolution. Pour les personnes autistes, on fait attention au bruit généré par les machines, en mettant des casques réducteurs de décibels à disposition.
5. Le réseau FabLab
Les FabLabs du réseau de l’Université de Strasbourg communiquent-ils ensemble ?
Nous avons des COPIL (comités de pilotage) deux fois par an. Le FAN est l'un des FabLabs les plus actifs du réseau. On travaille surtout sur la thématique science et sociétés, mais pas du tout sur la thématique étudiant-entrepreneur. On est souvent en contact avec d'autres FabLabs pour créer de nouvelles activités : par exemple des lycéens qui vont participer aux concours universitaires.
Cependant, il n’y a pas vraiment de projets communs pour l'instant, c'est un peu dommage. Certains FabLabs, dont le nôtre, sont récents et encore en émergence. Selon moi, le réseau est trop jeune et il faut préciser que toutes les structures ne sont pas pilotées par un Fab Manager. Ici, on a de la chance d’avoir deux personnes dédiées à ce poste, moi-même et Jean-Pierre Lenormand. En général, ce sont des enseignants ou des ingénieurs pédagogiques qui gèrent le FabLab.

© Angel Hernandez Le Bourhis
6. Le FabLab, outil universitaire indispensable ?
Selon vous, en quoi le fait de « faire soi-même » change-t-il la manière d’apprendre ? On peut notamment penser au projet professionnel et personnel de l’étudiant (PPP).
Ça change la vision des choses, en amenant de la curiosité et, donc, la compréhension du monde ! Indirectement, on s’ouvre aux gens, mais aussi aux machines. On essaie de décortiquer les autres avec une démarche scientifique, en quelque sorte.
Est-ce que le FabLab participe activement à la professionnalisation des étudiants ?
Le FAN ouvre un lien avec des entreprises. Celles-ci proposent de réaliser des visites dans leurs locaux pour que les étudiants découvrent leurs machines. Ce lieu permet aussi de rencontrer de nouvelles personnes ayant des contacts dans le monde de l'industrie. Les étudiants sont ainsi en mesure de se constituer un réseau, ce qui facilite par ailleurs la recherche de stage
Pourquoi est-il important, selon vous, que les universités développent ce type d’espace d’apprentissage aujourd’hui ?
C'est un outil pédagogique très intéressant parce qu'au lieu d'acheter, on peut faire soi-même. Avec un seul lieu, une variété d’acteurs interagit : différentes filières, des entreprises et des collectivités locales, pour leurs médiathèques ou musées historiques.
Pour moi, c’est un peu dans l’esprit d’un centre socioculturel : un lieu d'échange et de partage. Il est intéressant que les FabLabs se développent, parce que ça permet de rencontrer d'autres personnes, mais aussi d’amener l’étudiant vers des projets de recherche. Par exemple, I-Cube travaille sur l'autonomisation de la programmation de bras robotisés. L'avantage des machines à commande numérique, comme les imprimantes 3D, c'est qu'on peut facilement faire des prototypes.
Quels aspects aimeriez-vous encore améliorer dans les prochaines années ?
J'aimerais développer l’IA au FAN, car c'est l'avenir. Le projet d'agrandissement du FabLab, en septembre, permettra d’obtenir une nouvelle salle et des postes de travail mieux référencés et identifiés afin d’améliorer le confort des utilisateurs et d’accueillir plus de public.
Enfin, pour le côté pédagogique, on aimerait solliciter des étudiants pour animer nos clubs de robotique destinés aux enfants.
La programmation et la pédagogie font partie de mon métier. Pour cela, il faut se mettre à la place des jeunes, mais surtout communiquer avec eux afin d'apprendre à les connaître et à s’adapter à eux.
Pour aller plus loin
Retrouvez davantage d’informations sur le site de l'IUT de Haguenau.
Consultez, par ailleurs, l'interview de Valentin Auchet, étudiant utilisateur du FAN.
Axelle Papillon et Anaïs Jamet