Projet personnel et professionnel de l’étudiant : se professionnaliser dès la licence

Choisir une filière à l’université ne suffit pas toujours à tracer sa trajectoire professionnelle de manière claire. Face à l’exigence de certains débouchés et à un marché du travail en constante évolution, de nombreux étudiants avancent avec un objectif de carrière peu précis, surtout en licence. C’est là qu’intervient le Projet Personnel et Professionnel de l’étudiant, abrégé PPP. La vocation de ces modules ? Accompagner les étudiants à se projeter dans un avenir en concordance avec leurs aspirations, leurs compétences et les attendus du poste visé. En somme : le PPP fonctionne comme une aide à concevoir la feuille de route permettant de trouver son chemin au terme de ses études supérieures.

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2026

 

Démarche progressive et réflexive

Depuis la Loi relative aux libertés et responsabilités des universités (2013), les établissements du supérieur ne se limitent plus à la transmission de savoirs. Ils visent également à accompagner les étudiants dans leur orientation et leur insertion professionnelle.

Dans ce cadre, le PPP s’impose comme un outil structurant, représentant bien davantage qu’un « simple » enseignement. Il propose une démarche méthodologique durable, que les étudiants pourront réutiliser en autonomie, tout au long de leur scolarité, mais aussi après leurs études. Le PPP permet d’acquérir des compétences essentielles, comme connaître ses compétences personnelles et professionnelles, s’informer, mais aussi mener des recherches de stage ou d’emploi de manière autonome. Même si les étudiants ne suivent plus ces modules par la suite, ils conservent les clés méthodologiques pour faire évoluer leur projet ou se réorienter si nécessaire. Laurence Buchholzer, Maîtresse de conférences en Histoire médiévale intervenant dans un module en L1 d'Histoire, souligne cette utilité du PPP comme« une démarche d’exploration que les étudiants auront à poursuivre au cours de leurs études ».

Des modules ancrés dans les formations, aux formes variées

Ces modules ont progressivement trouvé leur place dans les cursus universitaires, notamment à l’Université de Strasbourg. Espace Avenir (orientation – stage – emploi) coordonne ce module et se mobilise afin de l’inscrire dans les maquettes des formations ; qu’elles soient scientifiques ou littéraires, en première ou en seconde année.

Puisque le PPP n’est pas une UE, chaque composante peut adapter le dispositif en fonction du nombre d’étudiants (parfois très important), du temps disponible et des moyens humains mobilisables. À titre d’exemple, la Faculté des Langues détaille les compétences visées dans le cours de PPP intégré à l’UE de professionnalisation de sa maquette.

Des structures comme Espace Avenir conçoivent des modules adaptables et proposent un accompagnement pédagogique, tout en testant les modules proposés grâce à leur réseau de Référents conseillers. Elles n’ont pas toujours la main sur leur mise en œuvre concrète dans les enseignements en présentiel.

Une pédagogie active : expérimenter pour mieux s’orienter

Le PPP repose sur une pédagogie active, directement inspirée de l’ADVP (Activation du Développement Vocationnel et Personnel). Les étudiants ne font pas que s’approprier un sujet : ils apprennent une méthodologie transférable, comme l’indique Laurence Buchholzer :

Au 2e semestre de L1 histoire, l’objectif est de rendre les étudiants acteurs de leur projet personnel d’orientation, en cherchant de la documentation et en allant au-devant de professionnels

Les étudiants sont amenés à explorer un métier ou un secteur, confronter leurs représentations à la réalité, puis rencontrer des professionnels et, enfin, à analyser leur projet. Cette démarche leur permet de développer une forte autonomie. Si leur projet évolue ou ne leur convient plus, ils sont capables de relancer seuls une réflexion et de reconstruire une orientation :

À la faculté de Physique Ingénierie, les enseignants mettent en place, en L1, une organisation mêlant présentation du PPP en amphithéâtre, travail en groupes (15 à 20 étudiants) et temps de recherche autonome. Édouard Laroche, ancien responsable des enseignements de PPP au sein de cette faculté, insiste également sur la volonté de permettre aux étudiants de « découvrir les débouchés professionnels et de mûrir leur projet ».

Dans les deux cas, les étudiants sont invités à enquêter sur les métiers, rencontrer des professionnels et restituer leurs recherches sous forme orale ou écrite. On peut noter aussi un autre point de concordance : le PPP apparaît comme un espace permettant de devenir plus autonome dans la recherche d’information. Au-delà d’une réflexion sur l’orientation, ces modules approfondissent la capacité des étudiants à travailler en groupe et à communiquer avec différents acteurs (étudiants, professionnels, corps enseignants, etc.). 

Des compétences transversales au cœur du dispositif

L’enseignement poursuit un double objectif : permettre aux étudiants de découvrir les débouchés professionnels et de mûrir leur projet avec, à la clé, une motivation renforcée pour s’impliquer dans leur formation (Édouard Laroche)

Effectivement, outre sa mission principale liée à l’orientation, le PPP permet de développer de nombreuses compétences utiles dans le monde
professionnel :

Les étudiants développent des compétences en matière de recherche, de critique et de synthèse de l’information, mais ils prennent aussi l’habitude de travailler sur un projet, de respecter des normes et de s’adapter aux contraintes des professionnels (Laurence Buchholzer)

Le PPP ne se cantonne pas à l’orientation, il permet aussi le développement de compétences utiles dans l’ensemble du parcours universitaire et professionnel. Ces compétences s’inscrivent dans l’Approche par compétences (APC) et contribuent à préparer les étudiants à leur insertion professionnelle.

Un temps d’exploration essentiel, en classe et en dehors

Dans un contexte où les parcours sont de moins en moins linéaires, le temps consacré à l’exploration des métiers est fondamental.

Les premières séances du module se font en classe et permettent de poser les bases méthodologiques et de découvrir les ressources disponibles. Cependant, ce travail n’est pas restreint aux heures de cours : il se prolonge en dehors de la classe, par du travail en autonomie. Il peut, ainsi, prendre la forme d’échanges avec d’autres étudiants,avec les enseignants, voire avec des structures d’accompagnement. Laurence Buchholzer confirme :

Après une présentation en amphi (2h), les étudiants se répartissent en groupes. Chaque étudiant participe alors à 2 séances de 2h espacées d’un mois, destinées à accompagner le travail personnel. Ces séances sont l’occasion de dresser collectivement un bilan des compétences, d’effectuer des exercices pratiques sur les CV et d’évoquer les stages (obligatoires en L2 Histoire)

Cette organisation est quelque peu semblable à ce qui est proposé à la faculté de Physique et d'Ingénierie.  À ceci près qu’ici, le PPP est mis en place aux S2 et S3 de la licence. Pour suivre le module, la classe est séparée en groupes (15 à 20 étudiants), qui suivent cet enseignement une semaine sur deux :

Chaque séance consiste à ce que les étudiants travaillent en petits groupes, puis présentent une synthèse à l’oral, à tour de rôle. Le déroulé de l’enseignement prévoit du travail personnel entre les séances, notamment pour les recherches, pouvant être réalisé en groupes. La dernière séance est consacrée à la restitution orale autour d’un poster (S2) ou d’un diaporama (S3) (Édouard Laroche)

Il est à noter que les modalités du PPP diffèrent d’une filière à une autre. Elles démontrent que le format est adaptable afin que l’intervenant puisse s’approprier pleinement ce concept pour coller au mieux aux besoins de ses étudiants :

Comme l’expression française est une compétence fondamentale dans nos diplômes, nous intégrons, dans le PPP, un auto-positionnement et une formation au français en recourant au dispositif écri+
(Laurence Buchholzer)

La recherche documentaire est un premier pas, mais la rencontre avec un professionnel permet une confrontation entre le théorique et la pratique du métier, ce qui peut être déterminant dans le choix d’orientation de l’étudiant. Par cette entrevue, l’étudiant voit la forme appliquée du métier envisagé et du travail réel à fournir, avec ses contraintes ou ses bonnes surprises. Cette brève immersion peut valider ou changer totalement le regard porté sur un métier, pouvant inciter un changement de projet professionnel, voire une réorientation vers d'autres filières.

À l’Université de Strasbourg, des services dédiés permettent notamment de mettre les étudiants en relation avec des professionnels, ce qui constitue un appui précieux au PPP. La construction de son avenir professionnel et personnel est soutenue par l’accompagnement des services d’orientation, dont Espace Avenir. Ceux-ci proposent des outils numériques comme Parcouréo, utilisé dans les UE de PPP à la faculté des langues.

Espace Avenir joue un rôle central dans l’accompagnement des dispositifs de PPP. La structure met à disposition des ressources documentaires, accompagne les enseignants et développe un réseau de référents dans les différentes composantes afin de favoriser l’intégration des modules dans les maquettes de formation. Elle propose également des formations, des temps d’échange de pratiques et des dispositifs d’accompagnement pédagogique adaptés aux besoins des équipes enseignantes. Cette adaptation est nécessaire car les moyens humains, logistiques et les effectifs étudiants varient fortement selon les filières.

Patricia Démorieux est coordinatrice du développement des modules de projet professionnel pour Espace Avenir. Elle détaille :

On ne travaille pas de la même façon selon les cas, mais avec la même approche d’accompagnement : faire adhérer à la démarche d’orientation en y mettant de la réflexivité à toutes les étapes d’élaboration du parcours jusqu’à l’insertion professionnelle

Ce témoignage met en avant la volonté d’adapter les dispositifs PPP aux réalités des formations, tout en conservant un objectif commun : permettre aux étudiants de construire leur avenir en autonomie. Le développement des compétences des étudiants est l’un des objectifs phares du PPP. Ce dernier est également présenté comme un espace d’apprentissage des compétences attendues dans le monde professionnel, à travers des mises en situation et des démarches réflexives. Patricia Démorieux résume :

Entrer dans la démarche d’orientation, en développant des compétences attendues dans le monde du travail, est ce que nous attendons que les étudiants investissent dans ces UE.

L’objectif n’est donc pas uniquement de construire un projet professionnel, mais aussi de permettre aux étudiants de devenir progressivement autonomes dans leurs choix et leur insertion professionnelle. Cet ensemble vise à donner aux étudiants des repères concrets dans un environnement professionnel dont la représentation peut être perçue comme floue ou idéalisée.

Afin de percevoir le point de vue des étudiants, parole est donnée aux premiers concernés :

« On a trouvé l’exercice intéressant, surtout la rencontre avec des professionnels. Mais ce projet reste compliqué, parce que les ressources sont dispersées et difficiles d’accès. Le travail en groupe n’est pas toujours évident et on aimerait plus d’intervenants pour nous parler de leurs métiers. Un accès à des supports plus simples d’utilisation serait aussi un plus ».

Katy, étudiante en L1 LEA Anglais-Italien, ayant déjà effectué un PPP lors de sa L1 de Droit.

« Personnellement, comme j’ai déjà un métier en tête depuis petite, j’ai parfois eu du mal à me sentir pleinement impliquée lors des séances. Cela dit, le concept peut être particulièrement intéressant pour les personnes qui souhaitent se réorienter. Une adaptation selon les filières, ainsi qu’un ajustement du volume horaire des séances, pourrait encore améliorer l’expérience. En effet, certaines activités pourraient être réalisées en un temps plus court, ce qui permettrait d’optimiser le déroulement des séances. »

Camille, étudiante en L2 SDV parcours santé.

La charge de travail peut également être vue comme importante par les étudiants, entre le dossier à rédiger, l’entretien à mener et la présentation orale à préparer. Cela n'enlève rien à l’intérêt du dispositif, mais rappelle qu’il faut du temps pour permettre aux étudiants de mener à bien ce projet.

APC et développement de compétences

Chercher de l’information, la trier, la restituer, prendre la parole à l’oral ou encore travailler en groupes sont autant d’apprentissages qui préparent indirectement à l’entrée dans la vie professionnelle. Des aptitudes qui correspondent à l’Approche par compétences (APC) dans laquelle s’inscrit l’Université de Strasbourg, renvoyant aux compétences transversales présentes dans le référentiel édité par l’Idip – Institut de Développement et d’Innovation Pédagogiques.

Face à des facteurs externes changeant rapidement le paysage de l'emploi (IA, politique, budget, etc.), il est utile aux étudiants de pouvoir s’adapter et se projeter dans l’avenir.

Il est à noter que le PPP reste un module avec un volume horaire hétérogène entre les filières. Bien que son intégration ne soit pas garantie dans la maquette des différentes formations, elle est généralement, par son intérêt pédagogique, bien perçue par les responsables de formation. 

Former les enseignants : un enjeu central

Comme le souligne l’Enseignant-chercheur Édouard Laroche, le renouvellement des équipes pédagogiques et de l’implication des enseignants est d’une importance capitale quant à la pérennité du PPP et afin que ces modules atteignent leurs objectifs :

Il reste un besoin d’actualiser les ressources mises à disposition et, surtout, de recruter régulièrement de nouveaux collègues, ainsi que des responsables de formation, ce qui leur permet de se sensibiliser aux projets des étudiants et d’échanger avec eux dans un cadre différent. Cela apporte un changement de regard et de posture de la part des collègues, mais aussi des étudiants, qui voient l’apport de leurs enseignants plus largement que leur simple expertise disciplinaire

Un fort ancrage du dispositif

Le PPP s’inscrit dans une démarche que l'Université de Strasbourg met en place et développe depuis plus de 30 ans (voir livret des 30 ans Projet Pro à Strasbourg dans la rubrique : Allez plus loin). Ces modules ne sont pas nouveaux et participent à une évolution continue des pratiques pédagogiques. Édouard Laroche salue cette dynamique :

Nous avons introduit, il y a quelques années, des grilles d’évaluation critériées, que ce soit pour l’oral ou le rapport individuel. Partagées avec les étudiants et présentées lors des séances, ces grilles permettent d’expliciter ce qui est attendu et de renforcer l’engagement des étudiants. Elles permettent surtout de réduire la variabilité inter-enseignants des évaluations. Chaque année, elles peuvent être révisées à partir des retours des enseignants et des étudiants

Il rappelle néanmoins que certains étudiants restent encore réticents aux enseignements non disciplinaires :

Un tiers d’entre eux reste sceptique face aux enseignements non disciplinaires ; mais cela ne les empêche pas de s’investir un minimum pour ne pas perdre de point et, ce faisant, développer des compétences

Pour Laurence Buchholzer, il est nécessaire d’adapter constamment le PPP, afin de répondre aux besoins des étudiants et de maintenir l’implication des équipes pédagogiques :

Nous aimerions pouvoir joindre au bilan collectif réalisé lors de la 1re séance d’atelier PPP un volet individuel, en renouant avec l’usage de l’outil IBOU, qui permet aux étudiants de s’auto-positionner. Nous avions testé la V1, que nous trouvions très complémentaire du dispositif[1]


[1] Une V2 d’IBOU est actuellement en développement, portée par les équipes de l’Idip.

L’enseignante souligne également certaines limites du dispositif, notamment le renouvellement fréquent des intervenants et les difficultés récentes liées à l’usage de l’intelligence artificielle côté étudiant, conduisant à une clarification nécessaire des consignes, notamment sur le volet de l’évaluation.

En définitive, le PPP constitue aujourd’hui un précieux outil de réussite étudiante. Il propose une démarche durable qui permet aux étudiants de construire leur orientation de manière autonome et éclairée. En développant des compétences méthodologiques, réflexives et transversales, il prépare les étudiants à devenir pleinement acteurs de leur avenir.

Pour aller plus loin

Retrouvez un descriptif de la plateforme Parcouréo.

Espace Avenir est un service de l’Université de Strasbourg dédiée à l’orientation professionnelle des étudiants. Faisant partie du maillage des services dédiés aux parcours étudiants, ils sont des interlocuteurs privilégiés en matière de PPP. Plus d’informations sur Espace Avenir via le site de l’Unistra.

Un article sur le sujet est consultable à Espace Avenir Gilles D., Saulnier-Cazals J., Vuillermet-Cortot M.J. : SOCRATE, le retour... Pour accompagner la réussite universitaire et professionnelle des étudiants, Ed. Septembre (Québec)

Par ailleurs, découvrez l’outil d’aide à l’orientation IBOU, porté par l’Idip et soutenu par le projet Include.

Enfin, consultez le livret des 30 ans du projet pro à Strasbourg, téléchargeable ci-dessous.

Anaïs Jamet