La simulation en pédagogie – Formation pluridisciplinaire à l’Unisimes

Annuellement, au mois de mars, l’Unisimes (Unité de simulation européenne en santé), accueille une formation pluridisciplinaire de trois jours, morcelée en six demi-journées. Identiques sur le plan de la scénarisation pédagogique, celles-ci sont riches d’enseignements pour les participants. Chaque session invite des groupes d’étudiants de la faculté de médecine de Strasbourg – hétérogènes car issus de spécialités distinctes – à vivre des situations proches de ce qu’ils expérimenteront sur le terrain, une fois en poste. En appui, l’équipe organisationnelle, composée de professionnels de santé et d’enseignants, accompagne les apprentissages expérientiels, veille au bon déroulé des étapes et encourage la réflexivité par un débriefing bienveillant, sous l’égide du Professeur Pierre Vidailhet et de Gilles Mahoudeau, respectivement Directeur universitaire et Directeur médical de l’Unisimes.

Temps de lecture : 12 minutes

2026

 

Une formation par la simulation, aussi complète qu’immersive

L’exercice de mise en situation auquel nous assistons se déroule dans une salle d’accouchement factice. L’enjeu est de permettre aux étudiants de voir, dans des conditions au plus près du réel, comment ils réagissent en situation de crise ; à la fois sur le plan médical, mais surtout sur celui de la communication ou du partage des tâches. Filmé – mais pas enregistré – l’exercice est projeté en direct dans la salle attenante, où se trouvent l’équipe encadrante et des étudiants observateurs. S‘en suit un débriefing de l’activité visant à donner la parole, à chaud, aux participants et à aborder les points forts et points d’amélioration dans un cadre de confiance.
 

Le thème du jour est de simuler des situations d’urgences en salle de naissance : une hémorragie du post-partum et une embolie amniotique. Comme son nom l’indique, cette formation pluridisciplinaire réunit ainsi différents corps de métiers. Successivement, des groupes d’une huitaine d’étudiants futurs gynécologues-obstétriciens, sages-femmes, anesthésistes-réanimateurs ou IADE (infirmiers anesthésistes diplômés d'État) vont réaliser l’exercice, en intervenant autour d’un mannequin haute technicité de femme enceinte, agrémenté d’un mannequin de nouveau-né. Le mannequin, baptisé Mamma-Anne, a été co-financé par l'ARS et la région Grand Est et livré au premier trimestre 2026 pour une première utilisation à l’occasion de cette formation. Elle est dotée de fonctionnalités rendant la mise en situation la plus authentique qui soit. Ainsi, Mamma-Anne peut entendre (micro retransmettant le son dans la salle attenante), mais aussi parler (amplificateur vocal intégré), respirer (mouvements du thorax), battre des paupières à la manière d’une véritable humaine et, même, convulser ou accoucher.
 

Cette patiente plus vraie que nature interagit avec les étudiants par l’entremise d’une personne qui joue son rôle en voix off. Ces échanges sont déterminants pour la suite de l’exercice, puisque c’est ainsi que sont données les premières indications, du type : « Je ne me sens pas bien, j’ai la nausée », etc. avant l’évanouissement de la patiente... Il pourrait être envisageable, à terme, de combiner ces atouts techniques à ceux de l’intelligence artificielle, en imaginant, par exemple, que la conversation soit tenue par une IA.

Scénarisation pédagogique

L’exercice au cœur de la demi-journée de formation est scénarisé en trois étapes :

  1. Briefing | Explication du cadre de l’exercice et du contrat pédagogique. Il est d’emblée dit aux étudiants que l’apprentissage par erreur n’est pas négatif.
  2. Déroulé du scénario | Apprentissage expérientiel des participants par la mise en situation, sur la méthode du CRM, crisis ressource management(gestion de ressources en situation de crise)
  3. Débriefing | Collectif, bienveillant et à visée formative, le débriefing est un point clé.

Forts d’un bagage théorique et d’une première expérience a minima, les participants sont de différents niveaux d’études, en fonction de leur spécialité. Ainsi, la formation regroupe des étudiants de la 2e à la 4e année. Il est à noter que les formateurs sont au nombre de 7, ce qui facilite l’articulation des étapes entre elles. Lorsque l’exercice commence : blouses de rigueur, début des transmissions par une facilitatrice, puis entrée en piste des premières professionnelles à intervenir, les sages-femmes. À mesure que la situation de Mamma-Anne va se dégrader, les autres professionnels sont appelés, à la discrétion des étudiants déjà présents. Ils ont donc la responsabilité de savoir qui solliciter et quand, au regard de l’état d’aggravation constaté. Des facilitateurs sont là en appui, ne serait-ce que pour les orienter vers le placard contenant tel ou tel matériel.

Intitulée Prendre en charge, en équipe, une situation critique en salle de naissance, la formation tient ses promesses avec cet exercice immersif duquel les étudiants ressortent plus expérimentés. Au terme de la mise en situation, le groupe rejoint les encadrants et observateurs pour livrer son ressenti. Mené par Sandrine Voillequin, Maîtresse de conférences en Maïeutique, Sage-femme et co-organisatrice de la formation aux cotés de Stéfanie Koessler, médecin-anesthésiste-réanimateur des HUS, le débriefing est volontairement axé sur les étudiants eux-mêmes. En effet, la particularité, en simulation, est que la parole est donnée en premier lieu aux acteurs. Au-delà du ressenti, ceux-ci sont interrogés sur les difficultés rencontrées et sur leurs prises de décisions, individuelles et collectives. Vient ensuite le retour que formulent les observateurs, témoignant de l’utilité du dispositif, tant pour les participants que pour leurs pairs.

En fin de session, chaque étudiant repart avec les algorithmes de recommandations et des outils de communication. Dans une démarche d’amélioration continue, ils sont aussi conviés à indiquer leur satisfaction quant à cette formation, en accédant à un formulaire anonyme au moyen d’un QR code. Cette évaluation par l’étudiant est voulue par l’équipe organisatrice et perçue comme utile pour parfaire le format, les contenus ou d’autres éléments d’année en année.

« On est plus performant en étant mis en situation avant de devoir réellement pratiquer, pour savoir à quoi s'attendre et sur quoi être vigilant », confie Eva, étudiante sage-femme en 4e année. Elle détaille : « Le fait d'avoir un mannequin comme Mamma-Anne apporte énormément, pour voir comment réagit une patiente et savoir comment communiquer. Dans cette formation, la disponibilité des formateurs et la phase de débriefing aident à voir ce qu’on peut corriger par la suite ».

Apprentissage entre pairs et compétences transversales

Une particularité des participants à cette formation est qu’ils ont pu expérimenter la simulation en d’autres occasions, car c’est désormais inscrit à leur cursus. Pour autant, les demi-journées proposées vont un cran plus loin, en plaçant les étudiants non seulement en immersion d’un cadre quasi-authentique et innovant, mais aussi en offrant le double avantage d’être pluridisciplinaire et, bien sûr, formatives.

C’est vrai pour l’exercice obstétrique, mais aussi pour les ateliers qui jalonnent également la demi-journée. Répartis en groupes de quatre, toujours pluridisciplinaires, les étudiants sont laissés entre eux dans d’autres salles de l’Unisimes. Là encore, le décor est semblable à un hôpital, avec des salles équipées de matériel en conséquence et d’autres types de mannequins.
 

L’intérêt des ateliers est, sur un sujet médical donné, de transmettre un apport théorique entre pairs, puis de passer à la pratique pour que les non-initiés s’exercent, à leur tour. Les sujets s’inscrivent dans la thématique générale de la formation et peuvent aller de la réanimation d’une patiente enceinte par massage cardiaque au protocole à appliquer lors d’un accouchement inopiné. Les étudiants se montrent particulièrement pédagogues entre eux, rappelant les statistiques ou les risques à connaître et partageant volontiers les expériences qu’ils ont pu toucher du doigt lors d’incursions sur le terrain professionnel.

Au-delà des compétences techniques, des compétences transversales sont travaillées grâce à cet exercice de simulation, à l’instar de l’esprit critique, du travail en équipe, de la gestion du stress, de l’adaptabilité, de l’identification de ressources ou encore de la réflexivité[1]. Déjà avant que l’Approche par compétences ne soit privilégiée, les formateurs étaient en mesure de s’appuyer sur un référentiel de compétences propre à leur discipline. Celui-ci est aujourd’hui adapté à l’APC.

 


[1]Des exemples figurant dans le référentiel de compétences transversales de l’Idip, l’Institut de développement et d’innovation pédagogiques de l’Université de Strasbourg.

Mise en œuvre

Pour cette formation sur le thème Prendre en charge, en équipe, une situation critique de salle de naissance, Sandrine Voillequin a travaillé de concert avec les autres membres de l’équipe organisatrice. Deux réunions collectives – fixées un an à l’avance pour coordonner les agendas de tous – ont permis de dresser les axes de cette édition 2026 et d’œuvrer à l’articulation de ses jalons pédagogiques. Le mois de juin a ainsi vu les formateurs de chaque équipe se réunir, offrant aussi l’occasion d’un débriefing de l’édition précédente. Puis, à deux mois de l’événement, la réunion de janvier en précise les contours. À ce stade, il est question de formaliser les documents nécessaires et de se projeter dans le déroulé des trois jours pour anticiper toute déconvenue éventuelle.

Il est à souligner que, côté étudiants sages-femmes, ceux-ci bénéficient d’un cours ciblé en amont de la formation pour acquérir les savoirs à mobiliser le jour J. La formation est vécue dans un esprit collaboratif, sans sensation d’être piégés sur un sujet qu’ils découvriraient entièrement, ni jugés. Pour les formateurs, œuvrer à un tel dispositif est bien sûr stimulant sur le plan de la transmission et de l’accompagnement, mais cela représente toutefois une contrainte de temps, comme la préparation est chronophage, au même titre que l’événement en lui-même. Toujours centrée sur un thème ayant trait à la maternité, afin de regrouper les 4 disciplines concernées, cette formation se tient depuis 2017.

 

Entretien avec Sandrine Voillequin  Maîtresse de conférences en Maïeutique, Sage-femme et co-organisatrice de la formation

En quoi l'apprentissage par la simulation est-il formateur, en particulier dans le contexte pluriprofessionnel de ces trois jours ?

Il est formateur à plusieurs niveaux. D’abord pour les formateurs eux-mêmes, parce que la préparation des scénarios oblige à communiquer de façon pluridisciplinaire sur des situations réelles vécues. C’est évidemment aussi formateur pour les participants, comme ça favorise la rencontre d'étudiants qui n’échangeraient pas autrement, si ce n’est sur le terrain d’un stage. L’apprentissage par la simulation augmente la connaissance des compétences de chacun autour d’une même pathologie et ce dans les quatre métiers représentés, offrant un bel exemple de travail en équipe. Représentant le quotidien des professionnels de santé, ce travail en équipe est fondamental.

On se rend compte, au fil des journées, selon le niveau des apprenants, que leur mode de communication, avec pourtant le même scénario de départ, peut totalement varier d’un groupe à l’autre, ce qui conduit à des débriefings assez différents selon les sessions. C’est un autre aspect formateur, de part et d’autre.

L’architecture de la formation a évolué au fil des ans et s’est densifiée en se complexifiant autour d’une plus grande variété de métiers de la santé. Un élément qui ne varie pas, en revanche, est celui des temps d’apprentissage entre pairs, que nous jugeons particulièrement précieux. Il est intéressant pour les étudiants d’enfiler la casquette de formateurs durant ces ateliers. Cela valorise leurs compétences et incite à se mettre à la place d’un futur collègue pour mieux comprendre son point de vue et les enjeux propres à son métier.

Donner la parole au maximum aux étudiants, que ce soit dans le cadre des ateliers ou lors du débriefing, est l’une des pierres angulaires de la formation ?

Absolument. Toute l'équipe présente est préalablement formée à la simulation, ainsi qu’au débriefing. Il est important que le ressenti soit livré par les étudiants directement et qu’ils interagissent entre eux lors de ce moment, pour construire la réflexion par un dialogue entre pairs. La personne qui conduit le débriefing, va réguler la parole et amener l’échange sur les thèmes réflexifs à aborder, mais c’est véritablement aux étudiants de se saisir du micro tendu. Il arrive que des étudiants veuillent passer de l’autre côté du miroir en devenant, plus tard, formateur à leur tour. Cela étant, pour mener le débriefing, il est toutefois nécessaire de coupler l’expérience à des bases en pédagogie. Pour ma part, avant de devenir Maîtresse de conférences, j’ai effectué un master en santé publique à Dijon avec une option pédagogie ce qui m’a permis de m’initier à la simulation. J’ai complété ce master par une autre formation à la simulation à Strasbourg auprès du Pr Thierry Pelaccia, Responsable scientifique du Master Pédagogie en Sciences de la Santé, ce qui m’a permis de développer les compétences nécessaires à la conduite du débriefing et à l’encadrement de cette formation.

Paroles de formateur  Vincent Thuet, médecin anesthésiste-réanimateur aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg

Ce qui est paradoxal dans cette formation fondée sur la simulation, est que ça allège l’appréhension de la véritable situation médicale, mais que ça place malgré tout l’étudiant dans un stress propre à l’exercice. En quelque sorte, c’est un baptême du feu avec un droit à l’erreur.

Cette formation et la façon dont elle est conçue donnent confiance et aident à être soi-même. Sur le terrain, la communication n’est pas forcément optimale entre les différents corps de métiers. Ici, l’accent est mis sur l’interdisciplinarité et la collaboration.

Plutôt que de servir à formuler des recommandations, le débriefing vise à connaître le ressenti des étudiants sur l’exercice qui vient de s’achever, mais aussi à ce qu’ils réfléchissent de manière réflexive à leurs capacités à mobiliser leurs compétences et les théories apprises en cours pour rendre cela efficace dans une situation qui se veut la plus authentique possible.

Pour aller plus loin

Pour une mise en contexte de l’Unisimes, lisez notre article dédié.

Retrouvez davantage d’informations sur la simulation en médecine, telle que pratiquée à l’Université de Strasbourg, ainsi que sur les formations liées sur le site de l’Unisimes.

Actualité relative à la formation 2026, également sur le site de l’Unisimes.

Si vous êtes intéressé par une formation pédagogique ou curieux de découvrir l’offre proposée, rendez-vous sur le portail formation de l’Idip.

Enfin, découvrez le Master Pédagogie en Sciences de la Santé sur le site du CFRPS.

Coline Fuchs